L’instinct faisait deviner à la pauvre fille une partie de ce qui allait arriver.

D’Artagnan la rassura du mieux qu’il put et lui promit de rester insensible aux séductions de Milady.

Il lui fit répondre qu’il était on ne peut plus reconnaissant de ses bontés et qu’il se rendrait à ses ordres; mais il n’osa lui écrire de peur de ne pouvoir, à des yeux aussi exercés que ceux de Milady, déguiser suffisamment son écriture.

À neuf heures sonnant, d’Artagnan était place Royale. Il était évident que les domestiques qui attendaient dans l’antichambre étaient prévenus, car aussitôt que d’Artagnan parut, avant même qu’il eût demandé si Milady était visible, un d’eux courut l’annoncer.

«Faites entrer», dit Milady d’une voix brève, mais si perçante que d’Artagnan l’entendit de l’antichambre.

On l’introduisit.

«Je n’y suis pour personne, dit Milady; entendez-vous, pour personne.»

Le laquais sortit.

D’Artagnan jeta un regard curieux sur Milady: elle était pâle et avait les yeux fatigués, soit par les larmes, soit par l’insomnie. On avait avec intention diminué le nombre habituel des lumières, et cependant la jeune femme ne pouvait arriver à cacher les traces de la fièvre qui l’avait dévorée depuis deux jours.

D’Artagnan s’approcha d’elle avec sa galanterie ordinaire; elle fit alors un effort suprême pour le recevoir, mais jamais physionomie plus bouleversée ne démentit sourire plus aimable.