— Cette bague, mon amour, c’est moi qui l’ai. Le comte de Wardes de jeudi et le d’Artagnan d’aujourd’hui sont la même personne.»
L’imprudent s’attendait à une surprise mêlée de pudeur, à un petit orage qui se résoudrait en larmes; mais il se trompait étrangement, et son erreur ne fut pas longue.
Pâle et terrible, Milady se redressa, et, repoussant d’Artagnan d’un violent coup dans la poitrine, elle s’élança hors du lit.
Il faisait alors presque grand jour.
D’Artagnan la retint par son peignoir de fine toile des Indes pour implorer son pardon; mais elle, d’un mouvement puissant et résolu, elle essaya de fuir. Alors la batiste se déchira en laissant à nu les épaules et sur l’une de ces belles épaules rondes et blanches, d’Artagnan avec un saisissement inexprimable, reconnut la fleur de lis, cette marque indélébile qu’imprime la main infamante du bourreau.
«Grand Dieu!» s’écria d’Artagnan en lâchant le peignoir.
Et il demeura muet, immobile et glacé sur le lit.
Mais Milady se sentait dénoncée par l’effroi même de d’Artagnan. Sans doute il avait tout vu: le jeune homme maintenant savait son secret, secret terrible, que tout le monde ignorait, excepté lui.
Elle se retourna, non plus comme une femme furieuse mais comme une panthère blessée.
«Ah! misérable, dit-elle, tu m’as lâchement trahie, et de plus tu as mon secret! Tu mourras!»