Athos lui fit signe d’aller chez d’Artagnan, et d’en rapporter des habits.
Grimaud répondit par un autre signe qu’il comprenait parfaitement et partit.
«Ah çà! mais voilà qui ne nous avance pas pour l’équipement, cher ami, dit Athos; car, si je ne m’abuse, vous avez laissé toute votre défroque chez Milady, qui n’aura sans doute pas l’attention de vous la retourner. Heureusement que vous avez le saphir.
— Le saphir est à vous, mon cher Athos! ne m’avez-vous pas dit que c’était une bague de famille?
— Oui, mon père l’acheta deux mille écus, à ce qu’il me dit autrefois; il faisait partie des cadeaux de noces qu’il fit à ma mère; et il est magnifique. Ma mère me le donna, et moi, fou que j’étais, plutôt que de garder cette bague comme une relique sainte, je la donnai à mon tour à cette misérable.
— Alors, mon cher, reprenez cette bague, à laquelle je comprends que vous devez tenir.
— Moi, reprendre cette bague, après qu’elle a passé par les mains de l’infâme! jamais: cette bague est souillée, d’Artagnan.
— Vendez-la donc.
— Vendre un diamant qui vient de ma mère! je vous avoue que je regarderais cela comme une profanation.
— Alors engagez-la, on vous prêtera bien dessus un millier d’écus. Avec cette somme vous serez au-dessus de vos affaires, puis, au premier argent qui vous rentrera, vous la dégagerez, et vous la reprendrez lavée de ses anciennes taches, car elle aura passé par les mains des usuriers.»