Il n’en arriva pas moins sans accident au camp établi devant La Rochelle, vers le 10 du mois de septembre de l’année 1627.
Tout était dans le même état: le duc de Buckingham et ses Anglais, maîtres de l’île de Ré, continuaient d’assiéger mais sans succès, la citadelle de Saint-Martin et le fort de La Prée, et les hostilités avec La Rochelle étaient commencées depuis deux ou trois jours à propos d’un fort que le duc d’Angoulême venait de faire construire près de la ville.
Les gardes, sous le commandement de M. des Essarts, avaient leur logement aux Minimes.
Mais nous le savons, d’Artagnan, préoccupé de l’ambition de passer aux mousquetaires, avait rarement fait amitié avec ses camarades; il se trouvait donc isolé et livré à ses propres réflexions.
Ses réflexions n’étaient pas riantes: depuis un an qu’il était arrivé à Paris, il s’était mêlé aux affaires publiques; ses affaires privées n’avaient pas fait grand chemin comme amour et comme fortune.
Comme amour, la seule femme qu’il eût aimée était Mme Bonacieux, et Mme Bonacieux avait disparu sans qu’il pût découvrir encore ce qu’elle était devenue.
Comme fortunes il s’était fait, lui chétif, ennemi du cardinal, c’est-à-dire d’un homme devant lequel tremblaient les plus grands du royaume, à commencer par le roi.
Cet homme pouvait l’écraser, et cependant il ne l’avait pas fait: pour un esprit aussi perspicace que l’était d’Artagnan, cette indulgence était un jour par lequel il voyait dans un meilleur avenir.
Puis, il s’était fait encore un autre ennemi moins à craindre, pensait-il, mais que cependant il sentait instinctivement n’être pas à mépriser: cet ennemi, c’était Milady.
En échange de tout cela il avait acquis la protection et la bienveillance de la reine, mais la bienveillance de la reine était, par le temps qui courait, une cause de plus de persécution; et sa protection, on le sait, protégeait fort mal: témoins Chalais et Mme Bonacieux.