Mais d’Artagnan se douta bien que ce qui était différé n’était pas perdu.
D’Artagnan resta toute la journée dans son logis; il se donna pour excuse, vis-à-vis de lui-même, que le temps était mauvais.
Le surlendemain, à neuf heures, on battit aux champs. Le duc d’Orléans visitait les postes. Les gardes coururent aux armes, d’Artagnan prit son rang au milieu de ses camarades.
Monsieur passa sur le front de bataille; puis tous les officiers supérieurs s’approchèrent de lui pour lui faire leur cour, M. des Essarts, le capitaine des gardes, comme les autres.
Au bout d’un instant il parut à d’Artagnan que M. des Essarts lui faisait signe de s’approcher de lui: il attendit un nouveau geste de son supérieur, craignant de se tromper, mais ce geste s’étant renouvelé, il quitta les rangs et s’avança pour prendre l’ordre.
«Monsieur va demander des hommes de bonne volonté pour une mission dangereuse, mais qui fera honneur à ceux qui l’auront accomplie, et je vous ai fait signe afin que vous vous tinssiez prêt.
— Merci, mon capitaine!» répondit d’Artagnan, qui ne demandait pas mieux que de se distinguer sous les yeux du lieutenant général.
En effet, les Rochelois avaient fait une sortie pendant la nuit et avaient repris un bastion dont l’armée royaliste s’était emparée deux jours auparavant; il s’agissait de pousser une reconnaissance perdue pour voir comment l’armée gardait ce bastion.
Effectivement, au bout de quelques instants, Monsieur éleva la voix et dit:
«Il me faudrait, pour cette mission, trois ou quatre volontaires conduits par un homme sûr.