«Mais vous êtes donc Satan? dit-elle.

— Peut-être, dit Athos; mais, en tout cas, écoutez bien ceci: Assassinez ou faites assassiner le duc de Buckingham, peu m’importe! je ne le connais pas: d’ailleurs c’est un Anglais; mais ne touchez pas du bout du doigt à un seul cheveu de d’Artagnan, qui est un fidèle ami que j’aime et que je défends, ou, je vous le jure par la tête de mon père, le crime que vous aurez commis sera le dernier.

— M. d’Artagnan m’a cruellement offensée, dit Milady d’une voix sourde, M. d’Artagnan mourra.

— En vérité, cela est-il possible qu’on vous offense, madame? dit en riant Athos; il vous a offensée, et il mourra?

— Il mourra, reprit Milady; elle d’abord, lui ensuite.»

Athos fut saisi comme d’un vertige: la vue de cette créature, qui n’avait rien d’une femme, lui rappelait des souvenirs terribles; il pensa qu’un jour, dans une situation moins dangereuse que celle où il se trouvait, il avait déjà voulu la sacrifier à son honneur; son désir de meurtre lui revint brûlant et l’envahit comme une fièvre ardente: il se leva à son tour, porta la main à sa ceinture, en tira un pistolet et l’arma.

Milady, pâle comme un cadavre, voulut crier, mais sa langue glacée ne put proférer qu’un son rauque qui n’avait rien de la parole humaine et qui semblait le râle d’une bête fauve; collée contre la sombre tapisserie, elle apparaissait, les cheveux épars, comme l’image effrayante de la terreur.

Athos leva lentement son pistolet, étendit le bras de manière que l’arme touchât presque le front de Milady puis, d’une voix d’autant plus terrible qu’elle avait le calme suprême d’une inflexible résolution:

«Madame, dit-il, vous allez à l’instant même me remettre le papier que vous a signé le cardinal, ou, sur mon âme, je vous fais sauter la cervelle.»

Avec un autre homme Milady aurait pu conserver quelque doute, mais elle connaissait Athos; cependant elle resta immobile.