— Bernajoux, pour vous servir.

— Eh bien, monsieur Bernajoux, dit tranquillement d’Artagnan, je vais vous attendre sur la porte.

— Allez, monsieur, je vous suis.

— Ne vous pressez pas trop, monsieur, qu’on ne s’aperçoive pas que nous sortons ensemble; vous comprenez que pour ce que nous allons faire, trop de monde nous gênerait.

— C’est bien», répondit le garde, étonné que son nom n’eût pas produit plus d’effet sur le jeune homme.

En effet, le nom de Bernajoux était connu de tout le monde, de d’Artagnan seul excepté, peut-être; car c’était un de ceux qui figuraient le plus souvent dans les rixes journalières que tous les édits du roi et du cardinal n’avaient pu réprimer.

Porthos et Aramis étaient si occupés de leur partie, et Athos les regardait avec tant d’attention, qu’ils ne virent pas même sortir leur jeune compagnon, lequel, ainsi qu’il l’avait dit au garde de Son Éminence, s’arrêta sur la porte; un instant après, celui-ci descendit à son tour. Comme d’Artagnan n’avait pas de temps à perdre, vu l’audience du roi qui était fixée à midi, il jeta les yeux autour de lui, et voyant que la rue était déserte:

«Ma foi, dit-il à son adversaire, il est bien heureux pour vous, quoique vous vous appeliez Bernajoux, de n’avoir affaire qu’à un apprenti mousquetaire; cependant, soyez tranquille, je ferai de mon mieux. En garde!

— Mais, dit celui que d’Artagnan provoquait ainsi, il me semble que le lieu est assez mal choisi, et que nous serions mieux derrière l’abbaye de Saint-Germain ou dans le Pré-aux-Clercs.

— Ce que vous dites est plein de sens, répondit d’Artagnan; malheureusement j’ai peu de temps à moi, ayant un rendez-vous à midi juste. En garde donc, monsieur, en garde!»