— Eh bien, c’est dit, reprit Athos, Planchet et Bazin partiront; à tout prendre, je ne suis pas fâché de conserver Grimaud: il est accoutumé à mes façons et j’y tiens; la journée d’hier a déjà dû l’ébranler, ce voyage le perdrait.»

On fit venir Planchet, et on lui donna des instructions; il avait été prévenu déjà par d’Artagnan, qui, du premier coup, lui avait annoncé la gloire, ensuite l’argent, puis le danger.

«Je porterai la lettre dans le parement de mon habit, dit Planchet, et je l’avalerai si l’on me prend.

— Mais alors tu ne pourras pas faire la commission, dit d’Artagnan.

— Vous m’en donnerez ce soir une copie que je saurai par coeur demain.»

D’Artagnan regarda ses amis comme pour leur dire:

«Eh bien, que vous avais-je promis?»

«Maintenant, continua-t-il en s’adressant à Planchet, tu as huit jours pour arriver près de Lord de Winter, tu as huit autres jours pour revenir ici, en tout seize jours; si le seizième jour de ton départ, à huit heures du soir, tu n’es pas arrivé, pas d’argent, fût-il huit heures cinq minutes.

Alors, monsieur, dit Planchet, achetez-moi une montre.

Prends celle-ci, dit Athos, en lui donnant la sienne avec une insouciante générosité, et sois brave garçon. Songe que, si tu parles, si tu bavardes, si tu flânes, tu fais couper le cou à ton maître, qui a si grande confiance dans ta fidélité qu’il nous a répondu de toi. Mais songe aussi que s’il arrive, par ta faute, malheur à d’Artagnan, je te retrouverai partout, et ce sera pour t’ouvrir le ventre.