— Vous êtes ici dans l’appartement qui vous est destiné, madame. J’ai reçu l’ordre d’aller vous prendre en mer et de vous conduire en ce château: cet ordre, je l’ai accompli, je crois, avec toute la rigidité d’un soldat, mais aussi avec toute la courtoisie d’un gentilhomme. Là se termine, du moins jusqu’à présent, la charge que j’avais à remplir près de vous, le reste regarde une autre personne.

— Et cette autre personne, quelle est-elle? demanda Milady; ne pouvez-vous me dire son nom?…»

En ce moment on entendit par les escaliers un grand bruit d’éperons; quelques voix passèrent et s’éteignirent, et le bruit d’un pas isolé se rapprocha de la porte.

«Cette personne, la voici, madame», dit l’officier en démasquant le passage, et en se rangeant dans l’attitude du respect et de la soumission.

En même temps, la porte s’ouvrit; un homme parut sur le seuil.

Il était sans chapeau, portait l’épée au côté, et froissait un mouchoir entre ses doigts.

Milady crut reconnaître cette ombre dans l’ombre, elle s’appuya d’une main sur le bras de son fauteuil, et avança la tête comme pour aller au-devant d’une certitude.

Alors l’étranger s’avança lentement; et, à mesure qu’il s’avançait en entrant dans le cercle de lumière projeté par la lampe, Milady se reculait involontairement.

Puis, lorsqu’elle n’eut plus aucun doute:

«Eh quoi! mon frère! s’écria-t-elle au comble de la stupeur, c’est vous?