Mais cette fois, Milady prêta une oreille plus attentive que la première fois, et elle entendit leurs pas s’éloigner et s’éteindre dans le fond du corridor.
«Je suis perdue, murmura-t-elle, me voilà au pouvoir de gens sur lesquels je n’aurai pas plus de prise que sur des statues de bronze ou de granit; ils me savent par coeur et sont cuirassés contre toutes mes armes.
«Il est cependant impossible que cela finisse comme ils l’ont décidé.»
En effet, comme l’indiquait cette dernière réflexion, ce retour instinctif à l’espérance, dans cette âme profonde la crainte et les sentiments faibles ne surnageaient pas longtemps. Milady se mit à table, mangea de plusieurs mets, but un peu de vin d’Espagne, et sentit revenir toute sa résolution.
Avant de se coucher elle avait déjà commenté, analysé, retourné sur toutes leurs faces, examiné sous tous les points, les paroles, les pas, les gestes, les signes et jusqu’au silence de ses geôliers, et de cette étude profonde, habile et savante, il était résulté que Felton était, à tout prendre, le plus vulnérable de ses deux persécuteurs.
Un mot surtout revenait à l’esprit de la prisonnière:
«Si je t’eusse écouté», avait dit Lord de Winter à Felton.
Donc Felton avait parlé en sa faveur, puisque Lord de Winter n’avait pas voulu écouter Felton.
«Faible ou forte, répétait Milady, cet homme a donc une lueur de pitié dans son âme; de cette lueur je ferai un incendie qui le dévorera.
«Quant à l’autre, il me connaît, il me craint et sait ce qu’il a à attendre de moi si jamais je m’échappe de ses mains, il est donc inutile de rien tenter sur lui. Mais Felton, c’est autre chose; c’est un jeune homme naïf, pur et qui semble vertueux; celui-là, il y a moyen de le perdre.»