— Vous parlez ainsi parce que vous savez qu’on nous écoute, monsieur, répondit froidement Milady, et que vous voulez intéresser vos geôliers et vos bourreaux contre moi.
— Mes geôliers! mes bourreaux! Ouais, madame, vous le prenez sur un ton poétique, et la comédie d’hier tourne ce soir à la tragédie. Au reste, dans huit jours vous serez où vous devez être et ma tâche sera achevée.
— Tâche infâme! tâche impie! reprit Milady avec l’exaltation de la victime qui provoque son juge.
— Je crois, ma parole d’honneur, dit de Winter en se levant, que la drôlesse devient folle. Allons, allons, calmez-vous, madame la puritaine, ou je vous fais mettre au cachot. Pardieu! c’est mon vin d’Espagne qui vous monte à la tête, n’est-ce pas? mais, soyez tranquille, cette ivresse-là n’est pas dangereuse et n’aura pas de suites.»
Et Lord de Winter se retira en jurant, ce qui à cette époque était une habitude toute cavalière.
Felton était en effet derrière la porte et n’avait pas perdu un mot de toute cette scène.
Milady avait deviné juste.
«Oui, va! va! dit-elle à son frère, les suites approchent, au contraire, mais tu ne les verras, imbécile, que lorsqu’il ne sera plus temps de les éviter.»
Le silence se rétablit, deux heures s’écoulèrent; on apporta le souper, et l’on trouva Milady occupée à faire tout haut ses prières, prières qu’elle avait apprises d’un vieux serviteur de son second mari, puritain des plus austères. Elle semblait en extase et ne parut pas même faire attention à ce qui se passait autour d’elle. Felton fit signe qu’on ne la dérangeât point, et lorsque tout fut en état il sortit sans bruit avec les soldats.
Milady savait qu’elle pouvait être épiée, elle continua donc ses prières jusqu’à la fin, et il lui sembla que le soldat qui était de sentinelle à sa porte ne marchait plus du même pas et paraissait écouter.