— Pensez-vous donc, madame, répondit Felton de sa même voix grave, quoique avec un accent plus doux, que je me croie le droit d’empêcher une créature de se prosterner devant son Créateur? À Dieu ne plaise! D’ailleurs le repentir sied bien aux coupables; quelque crime qu’il ait commis, un coupable m’est sacré aux pieds de Dieu.
— Coupable, moi! dit Milady avec un sourire qui eût désarmé l’ange du jugement dernier. Coupable! mon Dieu, tu sais si je le suis! Dites que je suis condamnée, monsieur, à la bonne heure; mais vous le savez, Dieu qui aime les martyrs, permet que l’on condamne quelquefois les innocents.
— Fussiez-vous condamnée, fussiez-vous martyre, répondit Felton, raison de plus pour prier, et moi-même je vous aiderai de mes prières.
— Oh! vous êtes un juste, vous, s’écria Milady en se précipitant à ses pieds; tenez, je n’y puis tenir plus longtemps, car je crains de manquer de force au moment où il me faudra soutenir la lutte et confesser ma foi, écoutez donc la supplication d’une femme au désespoir. On vous abuse, monsieur, mais il n’est pas question de cela, je ne vous demande qu’une grâce, et, si vous me l’accordez, je vous bénirai dans ce monde et dans l’autre.
— Parlez au maître, madame, dit Felton; je ne suis heureusement chargé, moi, ni de pardonner ni de punir, et c’est à plus haut que moi que Dieu a remis cette responsabilité.
— À vous, non, à vous seul. Écoutez-moi, plutôt que de contribuer à ma perte, plutôt que de contribuer à mon ignominie.
— Si vous avez mérité cette honte, madame, si vous avez encouru cette ignominie, il faut la subir en l’offrant à Dieu.
— Que dites-vous? Oh! vous ne me comprenez pas! Quand je parle d’ignominie, vous croyez que je parle d’un châtiment quelconque, de la prison ou de la mort! Plût au Ciel! que m’importent, à moi, la mort ou la prison!
— C’est moi qui ne vous comprends plus, madame.
— Ou qui faites semblant de ne plus me comprendre, monsieur, répondit la prisonnière avec un sourire de doute.