Lord de Winter se leva, salua ironiquement Milady et sortit.
Milady respira: elle avait encore quatre jours devant elle; quatre jours lui suffiraient pour achever de séduire Felton.
Une idée terrible lui vint alors, c’est que Lord de Winter enverrait peut-être Felton lui-même pour faire signer l’ordre à Buckingham; de cette façon Felton lui échappait, et pour que la prisonnière réussît il fallait la magie d’une séduction continue.
Cependant, comme nous l’avons dit, une chose la rassurait: Felton n’avait pas parlé.
Elle ne voulut point paraître émue par les menaces de Lord de Winter, elle se mit à table et mangea.
Puis, comme elle avait fait la veille, elle se mit à genoux, et répéta tout haut ses prières. Comme la veille, le soldat cessa de marcher et s’arrêta pour l’écouter.
Bientôt elle entendit des pas plus légers que ceux de la sentinelle qui venaient du fond du corridor et qui s’arrêtaient devant sa porte.
«C’est lui», dit-elle.
Et elle commença le même chant religieux qui la veille avait si violemment exalté Felton.
Mais, quoique sa voix douce, pleine et sonore eût vibré plus harmonieuse et plus déchirante que jamais, la porte resta close. Il parut bien à Milady, dans un des regards furtifs qu’elle lançait sur le petit guichet, apercevoir à travers le grillage serré les yeux ardents du jeune homme mais, que ce fût une réalité ou une vision, cette fois il eut sur lui-même la puissance de ne pas entrer.