«Et que faisiez-vous, debout sur ce fauteuil? demanda-t-il.

— Que vous importe? répondit Milady.

— Mais, reprit Felton, je désire le savoir.

— Ne m’interrogez pas, dit la prisonnière, vous savez bien qu’à nous autres, véritables chrétiens, il nous est défendu de mentir.

— Eh bien, dit Felton, je vais vous le dire, ce que vous faisiez, ou plutôt ce que vous alliez faire, vous alliez achever l’oeuvre fatale que vous nourrissez dans votre esprit: songez-y, madame, si notre Dieu défend le mensonge, il défend bien plus sévèrement encore le suicide.

— Quand Dieu voit une de ses créatures persécutée injustement, placée entre le suicide et le déshonneur, croyez-moi, monsieur, répondit Milady d’un ton de profonde conviction, Dieu lui pardonne le suicide: car, alors, le suicide c’est le martyre.

— Vous en dites trop ou trop peu; parlez, madame, au nom du Ciel, expliquez-vous.

— Que je vous raconte mes malheurs, pour que vous les traitiez de fables; que je vous dise mes projets, pour que vous alliez les dénoncer à mon persécuteur: non, monsieur; d’ailleurs, que vous importe la vie ou la mort d’une malheureuse condamnée? vous ne répondez que de mon corps, n’est-ce pas? et pourvu que vous représentiez un cadavre, qu’il soit reconnu pour le mien, on ne vous en demandera pas davantage, et peut-être, même, aurez-vous double récompense.

— Moi, madame, moi! s’écria Felton, supposer que j’accepterais jamais le prix de votre vie; oh! vous ne pensez pas ce que vous dites.

— Laissez-moi faire, Felton, laissez-moi faire, dit Milady en s’exaltant, tout soldat doit être ambitieux, n’est-ce pas? vous êtes lieutenant, eh bien, vous suivrez mon convoi avec le grade de capitaine.