«Vous êtes une prostituée, dit-il d’une voix tonnante, et vous subirez le supplice des prostituées! Flétrie aux yeux du monde que vous invoquerez, tâchez de prouver à ce monde que vous n’êtes ni coupable ni folle!»
«Puis s’adressant à l’homme qui l’accompagnait:
«Bourreau, dit-il, fais ton devoir.»
— Oh! son nom, son nom! s’écria Felton; son nom, dites-le-moi!
— Alors, malgré mes cris, malgré ma résistance, car je commençais à comprendre qu’il s’agissait pour moi de quelque chose de pire que la mort, le bourreau me saisit, me renversa sur le parquet, me meurtrit de ses étreintes, et suffoquée par les sanglots, presque sans connaissance invoquant Dieu, qui ne m’écoutait pas, je poussai tout à coup un effroyable cri de douleur et de honte; un fer brûlant, un fer rouge, le fer du bourreau, s’était imprimé sur mon épaule.»
Felton poussa un rugissement.
«Tenez, dit Milady, en se levant alors avec une majesté de reine, — tenez, Felton, voyez comment on a inventé un nouveau martyre pour la jeune fille pure et cependant victime de la brutalité d’un scélérat. Apprenez à connaître le coeur des hommes, et désormais faites-vous moins facilement l’instrument de leurs injustes vengeances.»
Milady d’un geste rapide ouvrit sa robe, déchira la batiste qui couvrait son sein, et, rouge d’une feinte colère et d’une honte jouée, montra au jeune homme l’empreinte ineffaçable qui déshonorait cette épaule si belle.
«Mais, s’écria Felton, c’est une fleur de lis que je vois là!
— Et voilà justement où est l’infamie, répondit Milady. La flétrissure d’Angleterre!… il fallait prouver quel tribunal me l’avait imposée, et j’aurais fait un appel public à tous les tribunaux du royaume; mais la flétrissure de France… oh! par elle, j’étais bien réellement flétrie.»