— Oh! mon Dieu!
— Écoutez, voici ce qui se passe: mon frère, qui venait à mon secours pour m’enlever ici de force, s’il le fallait, a rencontré l’émissaire du cardinal qui venait me chercher; il l’a suivi. Arrivé à un endroit du chemin solitaire et écarté, il a mis l’épée à la main en sommant le messager de lui remettre les papiers dont il était porteur; le messager a voulu se défendre, mon frère l’a tué.
— Oh! fit Mme Bonacieux en frissonnant.
— C’était le seul moyen, songez-y. Alors mon frère a résolu de substituer la ruse à la force: il a pris les papiers, il s’est présenté ici comme l’émissaire du cardinal lui-même, et dans une heure ou deux, une voiture doit venir me prendre de la part de Son Éminence.
— Je comprends; cette voiture, c’est votre frère qui vous l’envoie.
— Justement; mais ce n’est pas tout: cette lettre que vous avez reçue, et que vous croyez de Mme Chevreuse…
— Eh bien?
— Elle est fausse.
— Comment cela?
— Oui, fausse: c’est un piège pour que vous ne fassiez pas de résistance quand on viendra vous chercher.