«Allons donc, allons donc, dit Milady portant le sien à ses lèvres, faites comme moi.»
Mais au moment où elle l’approchait de sa bouche, sa main resta suspendue: elle venait d’entendre sur la route comme le roulement lointain d’un galop qui allait s’approchant; puis, presque en même temps, il lui sembla entendre des hennissements de chevaux.
Ce bruit la tira de sa joie comme un bruit d’orage réveille au milieu d’un beau rêve; elle pâlit et courut à la fenêtre, tandis que Mme Bonacieux, se levant toute tremblante, s’appuyait sur sa chaise pour ne point tomber.
On ne voyait rien encore, seulement on entendait le galop qui allait toujours se rapprochant.
«Oh! mon Dieu, dit Mme Bonacieux, qu’est-ce que ce bruit?
— Celui de nos amis ou de nos ennemis, dit Milady avec son sang- froid terrible; restez où vous êtes, je vais vous le dire.»
Mme Bonacieux demeura debout, muette, immobile et pâle comme une statue.
Le bruit devenait plus fort, les chevaux ne devaient pas être à plus de cent cinquante pas; si on ne les apercevait point encore, c’est que la route faisait un coude. Toutefois, le bruit devenait si distinct qu’on eût pu compter les chevaux par le bruit saccadé de leurs fers.
Milady regardait de toute la puissance de son attention; il faisait juste assez clair pour qu’elle pût reconnaître ceux qui venaient.
Tout à coup, au détour du chemin, elle vit reluire des chapeaux galonnés et flotter des plumes; elle compta deux, puis cinq puis huit cavaliers; l’un d’eux précédait tous les autres de deux longueurs de cheval.