— Je vous assure que je vous embarrasserai dans cette petite barque, reprit Mousqueton.

— Et moi je me noierai bien sûr avant que d'y arriver, continuait
Blaisois.

— Ah çà, je vous étrangle tous deux si vous ne sortez pas, dit
Porthos en les saisissant à la gorge. En avant, Blaisois!

Un gémissement étouffé par la main de fer de Porthos fut toute la réponse de Blaisois, car le géant, le tenant par le cou et par les pieds, le fit glisser comme une planche par la fenêtre et l'envoya dans la mer tête en bas.

— Maintenant, Mouston, dit Porthos, j'espère que vous n'abandonnerez pas votre maître.

— Ah! monsieur, dit Mousqueton les larmes aux yeux, pourquoi avez-vous repris du service? nous étions si bien au château de Pierrefonds!

Et sans autre reproche, devenu pensif et obéissant, soit par dévouement réel, soit par l'exemple donné à l'égard de Blaisois, Mousqueton donna tête baissée dans la mer.

Action sublime en tout cas, car Mousqueton se croyait mort.

Mais Porthos n'était pas homme à abandonner ainsi son fidèle compagnon. Le maître suivit de si près son valet, que la chute des deux corps ne fit qu'un seul et même bruit; de sorte que lorsque Mousqueton revint sur l'eau tout aveuglé, il se trouva retenu par la large main de Porthos, et put, sans avoir besoin de faire aucun mouvement, s'avancer vers la corde avec la majesté d'un dieu marin.

Au même instant, Porthos vit tourbillonner quelque chose à la portée de son bras. Il saisit ce quelque chose par la chevelure: c'était Blaisois, au-devant duquel venait déjà Athos.