Seulement la felouque avait disparu de la surface de la mer, et
Groslow et ses trois hommes étaient anéantis.

Les quatre amis avaient tout vu, aucun des détails de ce terrible drame ne leur avait échappé. Un instant inondés de cette lumière éclatante qui avait éclairé la mer à plus d'une lieue, on aurait pu les voir chacun dans une attitude diverse, exprimant l'effroi que, malgré leurs coeurs de bronze, ils ne pouvaient s'empêcher de ressentir. Bientôt la pluie de flammes retomba tout autour d'eux; puis enfin le volcan s'éteignit comme nous l'avons raconté, et tout rentra dans l'obscurité, barque flottante et océan houleux.

Ils demeurèrent un instant silencieux et abattus. Porthos et d'Artagnan, qui avaient pris chacun une rame, la soutenaient machinalement au-dessus de l'eau en pesant dessus de tout leur corps et en l'étreignant de leurs mains crispées.

— Ma foi, dit Aramis rompant le premier ce silence de mort, pour cette fois je crois que tout est fini.

— À moi, milords! à l'aide! au secours! cria une voix lamentable dont les accents parvinrent aux quatre amis, et pareille à celle de quelque esprit de la mer.

Tous se regardèrent. Athos lui-même tressaillit.

— C'est lui, c'est sa voix! dit-il.

Tous gardèrent le silence, car tous avaient, comme Athos, reconnu cette voix. Seulement leurs regards aux prunelles dilatées se tournèrent dans la direction où avait disparu le bâtiment, faisant des efforts inouïs pour percer l'obscurité.

Au bout d'un instant on commença de distinguer un homme; il s'approchait nageant avec vigueur.

Athos étendit lentement le bras vers lui, le montrant du doigt à ses compagnons.