— Ah çà! tout le monde va donc aujourd'hui chez la reine d'Angleterre! répliqua le sergent. Nous avons déjà au poste trois gentilshommes dont on visite les passes et qui vont chez Sa Majesté. Où sont les vôtres?
— Nous n'en avons point.
— Comment! vous n'en avez point?
— Non, nous arrivons d'Angleterre, comme nous vous l'avons dit; nous ignorons complètement où en sont les affaires politiques, ayant quitté Paris avant le départ du roi.
— Ah! dit le sergent d'un air fin, vous êtes des mazarins qui voudriez bien entrer chez nous pour nous espionner.
— Mon cher ami, dit Athos, qui avait jusque-là laissé à Aramis le soin de répondre, si nous étions des mazarins, nous aurions au contraire tous les passes possibles. Dans la situation où vous êtes, défiez-vous avant tout, croyez-moi, de ceux qui sont parfaitement en règle.
— Entrez au corps de garde, dit le sergent; vous exposerez vos raisons au chef du poste.
Il fit un signe à la sentinelle, elle se rangea; le sergent passa le premier, les deux gentilshommes le suivirent au corps de garde.
Ce corps de garde était entièrement occupé par des bourgeois et des gens du peuple; les uns jouaient, les autres buvaient, les autres péroraient.
Dans un coin et presque gardés à vue, étaient les trois gentilshommes arrivés les premiers et dont l'officier visitait les passes. Cet officier était dans la chambre voisine, l'importance de son grade lui concédant l'honneur d'un logement particulier.