Athos baisa le bas de la robe de la malheureuse veuve, et se relevant avec une majesté qui fit sur les assistants une impression profonde:
— Moi, comte de La Fère, dit-il, gentilhomme qui n'a jamais menti, je jure devant Dieu d'abord, et ensuite devant cette pauvre reine, que tout ce qu'il était possible de faire pour sauver le roi, nous l'avons fait sur le sol d'Angleterre. Maintenant, chevalier, ajouta-t-il en se tournant vers d'Herblay, partons, notre devoir est accompli.
— Pas encore, dit Aramis; il nous reste un mot à dire à ces messieurs.
Et se retournant vers Châtillon:
— Monsieur, lui dit-il, ne vous plairait-il pas de sortir, ne fût-ce qu'un instant, pour entendre ce mot que je ne puis dire devant la reine?
Châtillon s'inclina sans répondre en signe d'assentiment; Athos et Aramis passèrent les premiers, Châtillon et Flamarens les suivirent; ils traversèrent sans mot dire le vestibule; mais arrivés à une terrasse de plain-pied avec une fenêtre, Aramis prit le chemin de cette terrasse, tout à fait solitaire; à la fenêtre il s'arrêta, et se retournant vers le duc de Châtillon:
— Monsieur, lui dit-il, vous vous êtes permis tout à l'heure, ce me semble, de nous traiter bien cavalièrement. Cela n'était point convenable en aucun cas, moins encore de la part de gens qui venaient apporter à la reine le message d'un menteur.
— Monsieur! s'écria Châtillon.
— Qu'avez-vous donc fait de M. de Bruy? demanda ironiquement Aramis. Ne serait-il point par hasard allé changer sa figure qui ressemble trop à celle de M. Mazarin? On sait qu'il y a au Palais- Royal bon nombre de masques italiens de rechange, depuis celui d'Arlequin jusqu'à celui de Pantalon.
— Mais vous nous provoquez, je crois! dit Flamarens.