— Il faut cependant nous entendre, dit Châtillon: le roi est avec nous, et il a pour généralissimes MM. d'Orléans et de Condé.

— Oui, dit Athos, mais sa place est dans nos rangs avec
MM. de Conti, de Beaufort, d'Elbeuf et de Bouillon.

— Cela peut être, dit Châtillon, et l'on sait que pour mon compte j'ai assez peu de sympathie pour M. de Mazarin; mes intérêts mêmes sont à Paris: j'ai là un grand procès d'où dépend toute ma fortune, et, tel que vous me voyez, je viens de consulter mon avocat…

— À Paris?

— Non pas, à Charenton… M. Viole, que vous connaissez de nom, un excellent homme, un peu têtu; mais il n'est pas du parlement pour rien. Je comptais le voir hier soir, mais notre rencontre m'a empêché de m'occuper de mes affaires. Or, comme il faut que les affaires se fassent, j'ai profité de la trêve, et voilà comment je me trouve au milieu de vous.

— M. Viole donne donc ses consultations en plein vent? demanda
Aramis en riant.

— Oui, monsieur, et à cheval même. Il commande cinq cents pistoliers pour aujourd'hui, et je lui ai rendu visite accompagné, pour lui faire honneur, de ces deux petites pièces de canon, en tête desquelles vous avez paru si étonnés de me voir. Je ne le reconnaissais pas d'abord, je dois l'avouer; il a une longue épée sur sa robe et des pistolets à sa ceinture, ce qui lui donne un air formidable qui vous ferait plaisir, si vous aviez le bonheur de le rencontrer.

— S'il est si curieux à voir, on peut se donner la peine de le chercher tout exprès, dit Aramis.

— Il faudrait vous hâter, monsieur, car les conférences ne peuvent durer longtemps encore.

— Et si elles sont rompues sans amener de résultat, dit Athos, vous allez tenter d'enlever Charenton?