Du côté opposé, et dans les rangs de l'armée royale, deux cavaliers, l'un couvert d'une cuirasse dorée, l'autre d'un simple buffle duquel sortaient les manches d'un justaucorps de velours bleu, chargeaient au premier rang. Le cavalier à la cuirasse dorée vint heurter Aramis et lui porta un coup d'épée qu'Aramis para avec son habileté ordinaire.
— Ah! c'est vous, monsieur de Châtillon! s'écria le chevalier; soyez le bienvenu, je vous attendais!
— J'espère ne vous avoir pas trop fait attendre, monsieur, dit le duc; en tout cas, me voici.
— Monsieur de Châtillon, dit Aramis en tirant de ses fontes un second pistolet qu'il avait réservé pour cette occasion, je crois que si votre pistolet est déchargé vous êtes un homme mort.
— Dieu merci, dit Châtillon, il ne l'est pas!
Et le duc, levant son pistolet sur Aramis, l'ajusta et fit feu. Mais Aramis courba la tête au moment où il vit le duc appuyer le doigt sur la gâchette, et la balle passa, sans l'atteindre, au- dessus de lui.
— Oh! vous m'avez manqué, dit Aramis. Mais moi, j'en jure Dieu, je ne vous manquerai pas.
— Si je vous en laisse le temps! s'écria M. de Châtillon en piquant son cheval et en bondissant sur lui l'épée haute.
Aramis l'attendit avec ce sourire terrible qui lui était propre en pareille occasion; et Athos, qui voyait M. de Châtillon s'avancer sur Aramis avec la rapidité de l'éclair, ouvrait la bouche pour crier: «Tirez! mais tirez donc!» quand le coup partit. M. de Châtillon ouvrit les bras et se renversa sur la croupe de son cheval.
La balle lui était entrée dans la poitrine par l'échancrure de la cuirasse.