Il attendait, au reste, pour se faire une idée précise de sa situation, cette fameuse visite promise par Mazarin lui-même.
LXXXVIII. L'esprit et le bras
Maintenant passons de l'orangerie au pavillon de chasse.
Au fond de la cour, où, par un portique fermé de colonnes ioniennes, on découvrait les chenils, s'élevait un bâtiment oblong qui semblait s'étendre comme un bras au-devant de cet autre bras, le pavillon de l'orangerie, demi-cercle enserrant la cour d'honneur.
C'est dans ce pavillon, au rez-de-chaussée, qu'étaient renfermés Porthos et d'Artagnan, partageant les longues heures d'une captivité antipathique à ces deux tempéraments.
D'Artagnan se promenait comme un tigre, l'oeil fixe, et rugissant parfois sourdement le long des barreaux d'une large fenêtre donnant sur la cour de service.
Porthos ruminait en silence un excellent dîner dont on venait de desservir les restes.
L'un semblait privé de raison, et il méditait; l'autre semblait méditer profondément, et il dormait. Seulement, son sommeil était un cauchemar, ce qui pouvait se deviner à la manière incohérente et entrecoupée dont il ronflait.
— Voilà, dit d'Artagnan, le jour qui baisse. Il doit être quatre heures à peu près. Il y a tantôt cent quatre-vingt-trois heures que nous sommes là-dedans.
— Hum! fit Porthos pour avoir l'air de répondre.