— Porthos, des gens comme nous ne s'en vont pas purement et simplement.
— Ma foi, dit Porthos, moi je m'en irais avec cette pureté et cette simplicité que vous me semblez dédaigner par trop.
D'Artagnan haussa les épaules.
— Et puis, dit-il, ce n'est pas le tout que de sortir de cette chambre.
— Cher ami, dit Porthos, vous me semblez aujourd'hui d'un peu meilleure humeur qu'hier. Expliquez-moi comment ce n'est pas le tout que de sortir de cette chambre.
— Ce n'est pas le tout, parce que n'ayant ni armes ni mot de passe, nous ne ferons pas cinquante pas dans la cour sans heurter une sentinelle.
— Eh bien! dit Porthos, nous assommerons la sentinelle et nous aurons ses armes.
— Oui, mais avant d'être assommée tout à fait, cela a la vie dure, un Suisse, elle poussera un cri ou tout au moins un gémissement qui fera sortir le poste; nous serons traqués et pris comme des renards, nous qui sommes des lions, et l'on nous jettera dans quelque cul-de-basse-fosse où nous n'aurons pas même la consolation de voir cet affreux ciel gris de Rueil, qui ne ressemble pas plus au ciel de Tarbes que la lune ne ressemble au soleil. Mordioux! si nous avions quelqu'un au dehors, quelqu'un qui pût nous donner des renseignements sur la topographie morale et physique de ce château, sur ce que César appelait les moeurs et les lieux, à ce qu'on m'a dit, du moins… Eh! quand on pense que durant vingt ans, pendant lesquels je ne savais que faire, je n'ai pas eu l'idée d'occuper une de ces heures-là à venir étudier Rueil.
— Qu'est-ce que ça fait? dit Porthos, allons-nous-en toujours.
— Mon cher, dit d'Artagnan, savez-vous pourquoi les maîtres pâtissiers ne travaillent jamais de leurs mains?