— C'est vrai, dit Porthos en correspondant par un soupir au soupir de d'Artagnan.

— Eh bien! Porthos, faites comme moi, promenez-vous de long en large jusqu'à ce qu'une nouvelle de nos amis nous arrive ou qu'une bonne idée nous vienne; mais ne dormez pas toujours comme vous le faites, il n'y a rien qui alourdisse l'esprit comme le sommeil. Quant à ce qui nous attend, c'est peut-être moins grave que nous ne le pensions d'abord. Je ne crois pas que M. de Mazarin songe à nous faire couper la tête, parce qu'on ne nous couperait pas la tête sans procès, que le procès ferait du bruit, que le bruit attirerait nos amis, et qu'alors ils ne laisseraient pas faire M. de Mazarin.

— Que vous raisonnez bien! dit Porthos avec admiration.

— Mais oui, pas mal, dit d'Artagnan. Et puis, voyez-vous, si l'on ne nous fait pas notre procès, si l'on ne nous coupe pas la tête, il faut qu'on nous garde ici ou qu'on nous transporte ailleurs.

— Oui, il le faut nécessairement, dit Porthos.

— Eh bien! il est impossible que maître Aramis, ce fin limier, et qu'Athos, ce sage gentilhomme, ne découvrent pas notre retraite; alors, ma foi, il sera temps.

— Oui, d'autant plus qu'on n'est pas absolument mal ici; à l'exception d'une chose, cependant.

— De laquelle?

— Avez-vous remarqué, d'Artagnan, qu'on nous a donné du mouton braisé trois jours de suite?

— Non, mais s'il s'en présente une quatrième fois, je m'en plaindrai, soyez tranquille.