— Certainement, dit Porthos.

— Voyons, dit d'Artagnan.

Le géant prit les deux objets désignés et opéra avec la plus grande facilité et sans aucun effort apparent les deux métamorphoses désirées par son compagnon.

— Voilà! dit-il.

— Magnifique! dit d'Artagnan, et véritablement vous êtes doué,
Porthos.

— J'ai entendu parler, dit Porthos, d'un certain Milon de Crotone qui faisait des choses fort extraordinaires, comme de serrer son front avec une corde et de la faire éclater, de tuer un boeuf d'un coup de poing et de l'emporter chez lui sur ses épaules, d'arrêter un cheval par les pieds de derrière, etc., etc. Je me suis fait raconter toutes ses prouesses, là-bas à Pierrefonds, et j'ai fait tout ce qu'il faisait, excepté de briser une corde en enflant mes tempes.

— C'est que votre force n'est pas dans votre tête, Porthos, dit d'Artagnan.

— Non, elle est dans mes bras et dans mes épaules, répondit naïvement Porthos.

— Eh bien! mon ami, approchons de la fenêtre et servez-vous de votre force pour desceller un barreau. Attendez que j'éteigne la lampe.

XCI. Le bras et l'esprit (Suite)