— C'est mon avis, dit d'Artagnan; aussi ai-je dit: «Si nous ne voulions que de l'or…» mais nous voulons autre chose.

Au même instant, et comme d'Artagnan penchait la tête vers le caveau pour écouter, un son métallique et sec comme celui d'un sac d'or qu'on remue vint frapper son oreille; il tressaillit. Aussitôt une porte se referma et les premiers reflets d'une lumière parurent dans l'escalier.

Mazarin avait laissé sa lampe dans l'orangerie pour faire croire qu'il se promenait. Mais il avait une bougie de cire pour explorer son mystérieux coffre-fort.

— Hé! dit-il en italien, tandis qu'il remontait les marches en examinant un sac de réaux à la panse arrondie; hé! voilà de quoi payer cinq conseillers au parlement et deux généraux de Paris. Moi aussi je suis un grand capitaine; seulement je fais la guerre à ma façon…

D'Artagnan et Porthos s'étaient tapis chacun dans une allée latérale, derrière une caisse, et attendaient.

Mazarin vint, à trois pas de d'Artagnan, pousser un ressort caché dans le mur. La dalle tourna, et l'oranger supporté par elle revint de lui-même prendre sa place.

Alors le cardinal éteignit sa bougie, qu'il remit dans sa poche; et, reprenant sa lampe:

— Allons voir M. de La Fère, dit-il.

— Bon, c'est notre chemin, pensa d'Artagnan, nous irons ensemble.

Tous trois se mirent en marche. M. de Mazarin suivant l'allée du milieu, et Porthos et d'Artagnan les allées parallèles. Ces deux derniers évitaient avec soin ces longues lignes lumineuses que traçait à chaque pas entre les caisses la lampe du cardinal.