— Mais, dit d'Artagnan, vous les avez honnêtement, je l'espère, renvoyés à M. le cardinal?

— Ah! oui, dit Aramis, c'est bien avec lui que je me piquerais de semblable délicatesse! Dans l'une de ces dépêches, le cardinal déclare à la reine que les coffres sont vides et que Sa Majesté n'a plus d'argent; dans l'autre, il annonce qu'il va faire transporter ses prisonniers à Melun, Rueil ne lui paraissant pas une localité assez sûre. Vous comprenez, cher ami, que cette dernière lettre m'a donné bon espoir. Je me suis embusqué avec mes soixante hommes, j'ai cerné le château, j'ai fait préparer des chevaux de main que j'ai confiés à l'intelligent Grimaud, et j'ai attendu votre sortie; je n'y comptais guère que pour demain matin, et je n'espérais pas vous délivrer sans escarmouche. Vous êtes libres ce soir, libres sans combat, tant mieux! Comment avez-vous fait pour échapper à ce pleutre de Mazarin? vous devez avoir eu fort à vous en plaindre.

— Mais pas trop, dit d'Artagnan.

— Vraiment!

— Je dirai même plus, nous avons eu à nous louer de lui.

— Impossible!

— Si fait, en vérité; c'est grâce à lui que nous sommes libres.

— Grâce à lui?

— Oui, il nous a fait conduire dans l'orangerie par M. Bernouin, son valet de chambre, puis de là nous l'avons suivi jusque chez le comte de La Fère. Alors il nous a offert de nous rendre notre liberté, nous avons accepté, et il a poussé la complaisance jusqu'à nous montrer le chemin et nous conduire au mur du parc, que nous venions d'escalader avec le plus grand bonheur, quand nous avons rencontré Grimaud.

— Ah! bien, dit Aramis, voici qui me raccommode avec lui, et je voudrais qu'il fût là pour lui dire que je ne le croyais pas capable d'une si belle action.