— Monseigneur, dit Athos, je n'ai rien à demander pour moi et j'aurais trop à demander pour la France. Je me récuse donc et passe la parole à M. le chevalier d'Herblay.
Athos, s'inclinant, fit un pas en arrière et demeura debout, appuyé contre la cheminée, en simple spectateur de la conférence.
— Parlez donc, monsieur le chevalier d'Herblay, dit le cardinal. Que désirez-vous? Pas d'ambages, pas d'ambiguïtés. Soyez clair, court et précis.
— Moi, Monseigneur, je jouerai cartes sur table.
— Abattez donc votre jeu.
— J'ai dans ma poche, dit Aramis, le programme des conditions qu'est venue vous imposer avant-hier à Saint-Germain la députation dont je faisais partie. Respectons d'abord les droits anciens; les demandes qui seront portées au programme seront accordées.
—Nous étions presque d'accord sur celles-là, dit Mazarin, passons donc aux conditions particulières.
— Vous croyez donc qu'il y en aura? dit en souriant Aramis.
— Je crois que vous n'aurez pas tous le même désintéressement que M. le comte de La Fère, dit Mazarin en se retournant vers Athos en le saluant.
— Ah? Monseigneur, vous avez raison, dit Aramis, et je suis heureux de voir que vous rendez enfin justice au comte. M. de La Fère est un esprit supérieur qui plane au-dessus des désirs vulgaires et des passions humaines; c'est une âme antique et fière. M. le comte est un homme à part. Vous avez raison, Monseigneur, nous ne le valons pas, et nous sommes les premiers à le confesser avec vous.