— Et quand j'aurai signé, messieurs, quelle sera ma garantie?

— Ma parole d'honneur, monsieur, dit Athos.

Mazarin tressaillit, se retourna vers le comte de La Fère, examina un instant ce visage noble et loyal, et prenant la plume:

— Cela me suffit, monsieur le comte, dit-il.

Et il signa.

— Et maintenant, monsieur d'Artagnan, ajouta-t-il, préparez-vous à partir pour Saint-Germain et à porter une lettre de moi à la reine.

XCV. Comme quoi avec une plume et une menace on fait plus vite et mieux qu'avec l'épée et du dévouement

D'Artagnan connaissait sa mythologie: il savait que l'occasion n'a qu'une touffe de cheveux par laquelle on puisse la saisir, et il n'était pas homme à la laisser passer sans l'arrêter par le toupet. Il organisa un système de voyage prompt et sûr en envoyant d'avance des chevaux de relais à Chantilly, de façon qu'il pouvait être à Paris en cinq ou six heures. Mais avant de partir, il réfléchit que, pour un garçon d'esprit et d'expérience, c'était une singulière position que de marcher à l'incertain en laissant le certain derrière soi.

— En effet, se dit-il au moment de monter à cheval pour remplir sa dangereuse mission, Athos est un héros de roman pour la générosité; Porthos, une nature excellente, mais facile à influencer; Aramis, un visage hiéroglyphique, c'est-à-dire toujours illisible. Que produiront ces trois éléments quand je ne serai plus là pour les relier entre eux?… la délivrance du cardinal peut-être. Or, la délivrance du cardinal, c'est la ruine de nos espérances, et nos espérances sont jusqu'à présent l'unique récompense de vingt ans de travaux près desquels ceux d'Hercule sont des oeuvres de pygmée.

Il alla trouver Aramis.