— Alors je tuerais plutôt tout que de le laisser échapper.

— Et vous auriez raison. Il ne s'agit pas, vous comprenez, quand nous avons cru faire nos affaires, d'avoir fait celles des frondeurs, qui d'ailleurs n'entendent pas les questions politiques comme nous, qui sommes de vieux soldats.

— N'ayez pas peur, cher ami, dit Porthos, je vous regarde par la fenêtre monter à cheval, je vous suis des yeux jusqu'à ce que vous ayez disparu, puis je reviens m'installer à la porte du cardinal, à une porte vitrée qui donne dans la chambre. De là je verrai tout, et au moindre geste suspect j'extermine.

— Bravo! pensa d'Artagnan, de ce côté, je crois, le cardinal sera bien gardé.

Et il serra la main du seigneur de Pierrefonds et alla trouver
Athos.

— Mon cher Athos, dit-il, je pars. Je n'ai qu'une chose à vous dire: vous connaissez Anne d'Autriche, la captivité de M. de Mazarin garantit seule ma vie; si vous le lâchez, je suis mort.

— Il ne me fallait rien moins qu'une telle considération, mon cher d'Artagnan, pour me décider à faire le métier de geôlier. Je vous donne ma parole que vous retrouverez le cardinal où vous le laissez.

— Voilà qui me rassure plus que toutes les signatures royales, pensa d'Artagnan. Maintenant que j'ai la parole d'Athos, je puis partir.

D'Artagnan partit effectivement seul, sans autre escorte que son épée et avec un simple laissez-passer de Mazarin pour parvenir près de la reine.

Six heures après son départ de Pierrefonds, il était à Saint-
Germain.