— Apporter des nouvelles de M. de Mazarin, et des plus fraîches même.

— Et qu'est-il donc devenu?

— Il se porte comme vous et moi.

— Il ne lui est donc rien arrivé de fâcheux?

— Rien absolument. Il a seulement éprouvé le besoin de faire une course dans l'Île-de-France, et nous a priés, M. le comte de La Fère, M. du Vallon et moi, de l'accompagner. Nous étions trop ses serviteurs pour lui refuser une pareille demande. Nous sommes partis hier soir, et nous voilà.

— Vous voilà.

— Son Éminence avait quelque chose à faire dire à Sa Majesté, quelque chose de secret et d'intime, une mission qui ne pouvait être confiée qu'à un homme sûr, de sorte qu'elle m'a envoyé à Saint-Germain. Ainsi donc, mon cher monsieur Bernouin, si vous voulez faire quelque chose qui soit agréable à votre maître, prévenez Sa Majesté que j'arrive et dites-lui dans quel but.

Qu'il parlât sérieusement ou que son discours ne fût qu'une plaisanterie, comme il était évident que d'Artagnan était, dans les circonstances présentes, le seul homme qui pût tirer Anne d'Autriche d'inquiétude, Bernouin ne fit aucune difficulté d'aller la prévenir de cette singulière ambassade, et comme il l'avait prévu, la reine lui donna l'ordre d'introduire à l'instant même M. d'Artagnan.

D'Artagnan s'approcha de sa souveraine avec toutes les marques du plus profond respect.

Arrivé à trois pas d'elle, il mit un genou en terre et lui présenta la lettre.