— Hum! fit Mazarin, tout brave et tout vigoureux que vous êtes, vous ne pourriez pas tout tuer.

— C'est vrai, dit Porthos en se haussant sur ses étriers pour mieux découvrir les immensités de la foule, c'est vrai, il y en a beaucoup.

— Je crois que j'aimerais mieux l'autre, dit Mazarin.

Et il se rejeta dans le fond du carrosse.

La reine et son ministre avaient raison d'éprouver quelque inquiétude, du moins le dernier. La foule, tout en conservant les apparences du respect et même de l'affection pour le roi et la régente, commençait à s'agiter tumultueusement. On entendait courir de ces rumeurs sourdes qui, quand elles rasent les flots, indiquent la tempête, et qui, lorsqu'elles rasent la multitude, présagent l'émeute.

D'Artagnan se retourna vers les mousquetaires et fit, en clignant de l'oeil, un signe imperceptible pour la foule, mais très compréhensible pour cette brave élite.

Les rangs des chevaux se resserrèrent, et un léger frémissement courut parmi les hommes.

À la barrière des Sergents on fut obligé de faire halte; Comminges quitta la tête de l'escorte qu'il tenait, et vint au carrosse de la reine. La reine interrogea d'Artagnan du regard; d'Artagnan lui répondit dans le même langage.

— Allez en avant, dit la reine.

Comminges regagna son poste. On fit un effort, et la barrière vivante fut rompue violemment.