L'escorte se sépara en deux files; l'une passa à droite du carrosse, l'autre à gauche; l'une vint au secours de d'Artagnan, l'autre de Porthos.

Alors une mêlée s'engagea, d'autant plus terrible qu'elle n'avait pas de but, d'autant plus funeste qu'on ne savait ni pourquoi ni pour qui on se battait.

XCVIII. Où il est prouvé qu'il est quelquefois plus difficile aux rois de rentrer dans la capitale de leur royaume que d'en sortir (Suite)

Comme tous les mouvements de la populace, le choc de cette foule fut terrible; les mousquetaires, peu nombreux, mal alignés, ne pouvant, au milieu de cette multitude, faire circuler leurs chevaux, commencèrent par être entamés.

D'Artagnan avait voulu faire baisser les mantelets de la voiture, mais le jeune roi avait étendu le bras en disant:

— Non, monsieur d'Artagnan, je veux voir.

— Si Votre Majesté veut voir, dit d'Artagnan, eh bien, qu'elle regarde!

Et se retournant avec cette furie qui le rendait si terrible, d'Artagnan bondit vers le chef des émeutiers, qui, un pistolet d'une main, une large épée de l'autre, essayait de se frayer un passage jusqu'à la portière, en luttant avec deux mousquetaires.

— Place, mordioux! cria d'Artagnan, place!

À cette voix, l'homme au pistolet et à la large épée leva la tête; mais il était déjà trop tard: le coup de d'Artagnan était porté; la rapière lui avait traversé la poitrine.