— Je n'en sais rien. Mais en tout cas je lui avais donné l'absolution in articulo mortis. C'est assez de tuer le corps sans tuer l'âme.
Bazin fit un signe de désespoir qui voulait dire qu'il approuvait peut-être cette morale, mais qu'il désapprouvait fort le ton dont elle était faite.
— Bazin, mon ami, vous ne remarquez pas que je vous vois dans cette glace, et qu'une fois pour toutes je vous ai interdit tout signe d'approbation ou d'improbation. Vous allez donc me faire le plaisir de nous servir le vin d'Espagne et de vous retirer chez vous. D'ailleurs, mon ami d'Artagnan a quelque chose de secret à me dire. N'est-ce pas, d'Artagnan?
D'Artagnan fit signe de la tête que oui, et Bazin se retira après avoir posé le vin d'Espagne sur la table.
Les deux amis, restés seuls, demeurèrent un instant silencieux en face l'un de l'autre. Aramis semblait attendre une douce digestion. D'Artagnan préparait son exorde. Chacun d'eux, lorsque l'autre ne le regardait pas, risquait un coup d'oeil en dessous.
Aramis rompit le premier le silence.
XI. Les deux Gaspards
— À quoi songez-vous, d'Artagnan, dit-il, et quelle pensée vous fait sourire?
— Je songe, mon cher, que lorsque vous étiez mousquetaire, vous tourniez sans cesse à l'abbé, et qu'aujourd'hui que vous êtes abbé, vous me paraissez tourner fort au mousquetaire.
— C'est vrai, dit Aramis en riant. L'homme, vous le savez, mon cher d'Artagnan, est un étrange animal, tout composé de contrastes. Depuis que je suis abbé, je ne rêve plus que batailles.