— Voyez, mon pauvre ami, si je suis toujours doué de ma perspicacité ordinaire. Je vous dirai que peut-être ai-je tort de vous parler ainsi à coeur ouvert, car vous, vous me paraissez pencher pour le Mazarin.
— Moi! s'écria d'Artagnan; moi! pas le moins du monde!
— Vous parliez de mission.
— Ai-je parlé de mission? Alors j'ai eu tort. Non, je me suis dit comme vous le dites: Voilà les affaires qui s'embrouillent. Eh bien! jetons la plume au vent, allons du côté où le vent l'emportera et reprenons la vie d'aventures. Nous étions quatre chevaliers vaillants, quatre coeurs tendrement unis; unissons de nouveau, non pas nos coeurs qui n'ont jamais été séparés, mais nos fortunes et nos courages. L'occasion est bonne pour conquérir quelque chose de mieux qu'un diamant.
— Vous avez raison, d'Artagnan, toujours raison, continua Aramis, et la preuve, c'est que j'avais eu la même idée que vous; seulement, à moi, qui n'ai pas votre nerveuse et féconde imagination, elle m'avait été suggérée; tout le monde a besoin aujourd'hui d'auxiliaires; on m'a fait des propositions, il a transpercé quelque chose de nos fameuses prouesses d'autrefois, et je vous avouerai franchement que le coadjuteur m'a fait parler.
— M. de Gondy, l'ennemi du cardinal! s'écria d'Artagnan.
— Non, l'ami du roi, dit Aramis, l'ami du roi, entendez-vous! Eh bien! il s'agirait de servir le roi, ce qui est le devoir d'un gentilhomme.
— Mais le roi est avec M. de Mazarin, mon cher!
— De fait, pas de volonté; d'apparence, mais pas de coeur, et voilà justement le piège que les ennemis du roi tendent au pauvre enfant.
— Ah çà! mais c'est la guerre civile tout bonnement que vous me proposez là, mon cher Aramis.