Tous deux s'acheminèrent vers le hangar: à leur approche Planchet sortit, tenant en bride les deux chevaux.
— À la bonne heure, dit Aramis, voilà un serviteur actif et vigilant; ce n'est pas comme ce paresseux de Bazin, qui n'est plus bon à rien depuis qu'il est homme Église Suivez-nous, Planchet; nous allons en causant jusqu'au bout du village.
Effectivement, les deux amis traversèrent tout le village en causant de choses indifférentes; puis, aux dernières maisons:
— Allez donc, cher ami, dit Aramis, suivez votre carrière, la fortune vous sourit, ne la laissez pas échapper; souvenez-vous que c'est une courtisane, et traitez-la en conséquence; quant à moi, je reste dans mon humilité et dans ma paresse; adieu.
— Ainsi, c'est bien décidé, dit d'Artagnan, ce que je vous ai offert ne vous agrée point?
— Cela m'agréerait fort, au contraire, dit Aramis, si j'étais un homme comme un autre, mais, je vous le répète, en vérité je suis un composé de contrastes: ce que je hais aujourd'hui, je l'adorerai demain, et vice versa. Vous voyez bien que je ne puis m'engager comme vous, par exemple, qui avez des idées arrêtées.
— Tu mens, sournois, se dit à lui-même d'Artagnan: tu es le seul, au contraire, qui saches choisir un but et qui y marches obscurément.
— Adieu donc, mon cher, continua Aramis, et merci de vos excellentes intentions, et surtout des bons souvenirs que votre présence a éveillés en moi.
Ils s'embrassèrent. Planchet était déjà à cheval. D'Artagnan se mit en selle à son tour, puis ils se serrèrent encore une fois la main. Les cavaliers piquèrent leurs chevaux et s'éloignèrent du côté de Paris.
Aramis resta debout et immobile sur le milieu du pavé jusqu'à ce qu'il les eût perdus de vue.