— Mais ne dis-tu donc rien à ton ami Planchet?
— À mon ami Planchet! Planchet, serait-ce toi par hasard? s'écria
Mousqueton les bras ouverts et des larmes plein les yeux.
— Moi-même, dit Planchet toujours prudent, mais je voulais savoir si tu n'étais pas devenu fier.
— Devenu fier avec un ancien ami! Jamais, Planchet. Tu n'as pas pensé cela ou tu ne connais pas Mousqueton.
— À la bonne heure! dit Planchet en descendant de son cheval et en tendant à son tour les bras à Mousqueton: ce n'est pas comme cette canaille de Bazin, qui m'a laissé deux heures sous un hangar sans même faire semblant de me reconnaître.
Et Planchet et Mousqueton s'embrassèrent avec une effusion qui toucha fort les assistants et qui leur fit croire que Planchet était quelque seigneur déguisé, tant ils appréciaient à sa plus haute valeur la position de Mousqueton.
— Et maintenant, monsieur, dit Mousqueton lorsqu'il se fut débarrassé de l'étreinte de Planchet, qui avait inutilement essayé de joindre ses mains derrière le dos de son ami; et maintenant, monsieur, permettez-moi de vous quitter, car je ne veux pas que mon maître apprenne la nouvelle de votre arrivée par d'autres que par moi; il ne me pardonnerait pas de m'être laissé devancer.
— Ce cher ami, dit d'Artagnan, évitant de donner à Porthos ni son ancien ni son nouveau nom, il ne m'a donc pas oublié!
— Oublié! lui! s'écria Mousqueton, c'est-à-dire, monsieur, qu'il n'y a pas de jour que nous ne nous attendions à apprendre que vous étiez nommé maréchal, ou en place de M. de Gassion, ou en place de M. de Bassompierre.
D'Artagnan laissa errer sur ses lèvres un de ces rares sourires mélancoliques qui avaient survécu dans le plus profond de son coeur au désenchantement de ses jeunes années.