— Je passerai donc toute ma vie, disait en lui-même d'Artagnan, à regarder à droite et à gauche sans voir jamais la figure d'un homme complètement heureux.

Il faisait cette réflexion philosophique, lorsque la Providence sembla vouloir lui donner un démenti. Au moment où Porthos venait de le quitter pour donner quelques ordres à son cuisinier, il vit s'approcher de lui Mousqueton. La figure du brave garçon, moins un léger trouble qui, comme un nuage d'été, gazait sa physionomie plutôt qu'elle ne la voilait, paraissait celle d'un homme parfaitement heureux.

— Voilà ce que je cherchais, se dit d'Artagnan; mais, hélas! le pauvre garçon ne sait pas pourquoi je suis venu.

Mousqueton se tenait à distance. D'Artagnan s'assit sur un banc et lui fit signe de s'approcher.

— Monsieur, dit Mousqueton profitant de la permission, j'ai une grâce à vous demander.

— Parle, mon ami, dit d'Artagnan.

— C'est que je n'ose, j'ai peur que vous ne pensiez que la prospérité m'a perdu.

— Tu es donc heureux, mon ami, dit d'Artagnan.

— Aussi heureux qu'il est possible de l'être, et cependant vous pouvez me rendre plus heureux encore.

— Eh bien, parle! et si la chose dépend de moi, elle est faite.