En ce moment un de ces lourds chariots, attelés de boeufs, qui portent le bois coupé dans les belles forêts du pays jusqu'aux ports de la Loire, déboucha par un sentier plein d'ornières sur la route que suivaient les deux cavaliers. Un homme l'accompagnait, portant une longue gaule armée d'un clou avec laquelle il aiguillonnait son lent attelage.

— Hé! l'ami, cria Planchet au bouvier.

— Qu'y a-t-il pour votre service, messieurs? dit le paysan avec cette pureté de langage particulière aux gens de ce pays et qui ferait honte aux citadins puristes de la place de la Sorbonne et de la rue de l'Université.

— Nous cherchons la maison de M. le comte de La Fère, dit d'Artagnan; connaissez-vous ce nom-là parmi ceux des seigneurs des environs?

Le paysan ôta son chapeau en entendant ce nom et répondit:

— Messieurs, ce bois que je charrie est à lui; je l'ai coupé dans sa futaie et je le conduis au château.

D'Artagnan ne voulut pas questionner cet homme, il lui répugnait d'entendre dire par un autre peut-être ce qu'il avait dit lui-même à Planchet.

— Le château! se dit-il à lui-même, le château! Ah! je comprends! Athos n'est pas endurant; il aura forcé, comme Porthos, ses paysans à l'appeler monseigneur et à nommer château sa bicoque: il avait la main lourde, ce cher Athos, surtout quand il avait bu.

Les boeufs avançaient lentement. D'Artagnan et Planchet marchaient derrière la voiture. Cette allure les impatienta.

— Le chemin est donc celui-ci, demanda d'Artagnan au bouvier, et; nous pouvons le suivre sans crainte de nous égarer?