D'Artagnan avait une plaisanterie au bout des lèvres; mais en voyant la part que prenait Athos à ce malheur, il se retint.
— Ah! monsieur, ce qui me désespère surtout, reprit Raoul, c'est que ce malheur, c'est moi qui en suis cause.
— Comment vous, Raoul? demanda Athos.
— Sans doute, n'est-ce point pour accourir à moi qu'elle a sauté du haut de cette pile de bois?
— Il ne vous reste plus qu'une ressource, mon cher Raoul, c'est de l'épouser en expiation, dit d'Artagnan.
— Ah! monsieur, dit Raoul, vous plaisantez avec une douleur réelle: c'est mal, cela.
Et Raoul, qui avait besoin d'être seul pour pleurer tout à son aise, rentra dans sa chambre, d'où il ne sortit qu'à l'heure du déjeuner.
La bonne intelligence des deux amis n'avait pas le moins du monde été altérée par l'escarmouche du matin; aussi déjeunèrent-ils du meilleur appétit, regardant de temps en temps le pauvre Raoul, qui, les yeux tout humides et le coeur gros, mangeait à peine.
À la fin du déjeuner deux lettres arrivèrent, qu'Athos lut avec une extrême attention, sans pouvoir s'empêcher de tressaillir plusieurs fois. D'Artagnan, qui le vit lire ces lettres d'un côté de la table à l'autre, et dont la vue était perçante, jura qu'il reconnaissait à n'en pas douter la petite écriture d'Aramis. Quant à l'autre, c'était une écriture de femme, longue et embarrassée.
— Allons, dit d'Artagnan à Raoul, voyant qu'Athos désirait demeurer seul, soit pour répondre à ces lettres, soit pour y réfléchir; allons faire un tour dans la salle d'armes, cela vous distraira.