— Voyons, répétez votre histoire, Saint-Laurent, dit le garde se tournant vers le narrateur.

— Monseigneur, dit le garde, je racontais purement et simplement à ces messieurs ce que j'ai entendu dire de la prédiction d'un nommé Coysel, qui prétend que, si bien gardé que soit M. de Beaufort, il se sauvera avant la Pentecôte.

— Et ce Coysel est un rêveur, un fou? reprit le cardinal toujours souriant.

— Non pas, dit le garde, tenace dans sa crédulité, il a prédit beaucoup de choses qui sont arrivées, comme par exemple que la reine accoucherait d'un fils, que M. de Coligny serait tué dans son duel avec le duc de Guise, enfin que le coadjuteur serait nommé cardinal. Eh bien! la reine est accouchée non seulement d'un premier fils, mais encore, deux ans après, d'un second, et M. de Coligny a été tué.

— Oui, dit Mazarin; mais le coadjuteur n'est pas encore cardinal.

— Non, Monseigneur, dit le garde, mais il le sera.

Mazarin fit une grimace qui voulait dire: il ne tient pas encore la barrette. Puis il ajouta:

— Ainsi votre avis, mon ami, est que M. de Beaufort doit se sauver.

— C'est si bien mon avis, Monseigneur, dit le soldat, que si Votre Éminence m'offrait à cette heure la place de M. de Chavigny, c'est-à-dire celle de gouverneur du château de Vincennes, je ne l'accepterais pas. Oh! le lendemain de la Pentecôte, ce serait autre chose.

Il n'y a rien de plus convaincant qu'une grande conviction, elle influe même sur les incrédules; et, loin d'être incrédule, nous l'avons dit, Mazarin était superstitieux. Il se retira donc tout pensif.