— Eh bien, qu'y a-t-il là-haut? demanda l'homme.

— Ayez l'obligeance de nous rejeter nos balles, dit le duc.

Le jardinier fit un signe de la tête, et se mit à jeter les balles, que ramassèrent La Ramée et les gardes. Une d'elles tomba aux pieds du duc, et comme celle-là lui était visiblement destinée, il la mit dans sa poche.

Puis, ayant fait au jardinier un signe de remerciement, il retourna à sa partie.

Mais décidément le duc était dans son mauvais jour, les balles continuèrent à battre la campagne: au lieu de se maintenir dans les limites du jeu, deux ou trois retournèrent dans le fossé; mais comme le jardinier n'était plus là pour les renvoyer, elles furent perdues, puis le duc déclara qu'il avait honte de tant de maladresse et qu'il ne voulait pas continuer.

La Ramée était enchanté d'avoir si complètement battu un prince du sang.

Le prince rentra chez lui et se coucha; c'était ce qu'il faisait presque toute la journée depuis qu'on lui avait enlevé ses livres.

La Ramée prit les habits du prince, sous prétexte qu'ils étaient couverts de poussière, et qu'il allait les faire brosser, mais, en réalité, pour être sûr que le prince ne bougerait pas. C'était un homme de précaution que La Ramée.

Heureusement le prince avait eu le temps de cacher la balle sous son traversin.

Aussitôt que la porte fut refermée, le duc déchira l'enveloppe de la balle avec ses dents, car on ne lui laissait aucun instrument tranchant; il mangeait avec des couteaux à lames d'argent pliantes, et qui ne coupaient pas.