— Monseigneur, lui dit-il, il ne faut point se livrer à de pareilles pensées. Ce sont ces pensées-là qui tuent, et non le salpêtre.
— Eh! mon cher, dit le duc, vous êtes charmant; si je pouvais comme vous aller manger des pâtés et boire du vin de Bourgogne chez le successeur du père Marteau, cela me distrairait.
— Le fait est, Monseigneur, dit La Ramée, que ses pâtés sont, de fameux pâtés, et que son vin est un fier vin.
— En tout cas, reprit le duc, sa cave et sa cuisine n'ont pas de peine à valoir mieux que celles de M. de Chavigny.
— Eh bien! Monseigneur, dit La Ramée donnant dans le piège, qui vous empêche d'en tâter? d'ailleurs, je lui ai promis votre pratique.
— Tu as raison, dit le duc, si je dois rester ici à perpétuité, comme monsieur Mazarin a eu la bonté de me le faire entendre, il faut que je me crée une distraction pour mes vieux jours, il faut que je me fasse gourmand.
— Monseigneur, dit La Ramée, croyez-en un bon conseil, n'attendez pas que vous soyez vieux pour cela.
— Bon, dit à part le duc de Beaufort, tout homme doit avoir, pour perdre son coeur et son âme, reçu de la magnificence céleste un des sept péchés capitaux, quand il n'en a pas reçu deux; il paraît que celui de maître La Ramée est la gourmandise. Soit, nous en profiterons.
Puis tout haut:
— Eh bien! mon cher La Ramée, ajouta-t-il, c'est après-demain fête?