— Vraiment? et de qui?

— Du cardinal.

— Comment! avait dit Scarron, je continue bien de voir M. Gilles Despréaux, qui pense mal de moi, et vous voulez que je cesse de voir M. le coadjuteur parce qu'il pense mal d'un autre? impossible!

La conversation en était restée là, et Scarron, par esprit de contrariété, n'en avait vu que plus souvent M. de Gondy.

Or, le matin du jour où nous sommes arrivés, et qui était le jour d'échéance de son trimestre, Scarron, comme c'était son habitude, avait envoyé son laquais avec son reçu pour toucher son trimestre à la caisse des pensions; mais il lui avait été répondu:

«Que l'état n'avait plus d'argent pour M. l'abbé Scarron.»

Lorsque le laquais apporta cette réponse à Scarron, il avait près de lui M. le duc de Longueville, qui offrait de lui donner une pension double de celle que le Mazarin lui supprimait; mais le rusé goutteux n'avait garde d'accepter. Il fit si bien, qu'à quatre heures de l'après-midi toute la ville savait le refus du cardinal. Justement c'était jeudi, jour de réception chez l'abbé; on y vint en foule, et l'on fronda d'une manière enragée par toute la ville.

Athos rencontra dans la rue Saint-Honoré deux gentilshommes qu'il ne connaissait pas, à cheval comme lui, suivis d'un laquais comme lui, et faisant le même chemin que lui. L'un des deux mit le chapeau à la main et lui dit:

— Croyez-vous bien, monsieur, que ce pleutre de Mazarin a supprimé la pension au pauvre Scarron!

— Cela est extravagant, dit Athos en saluant à son tour les deux cavaliers.