Peu à peu les groupes s'éclaircirent. Scarron ne fit pas semblant de voir que certains de ses hôtes s'étaient parlé mystérieusement, que des lettres étaient venues pour plusieurs, et que sa soirée semblait avoir eu un but mystérieux qui s'écartait de la littérature, dont on avait cependant tant fait de bruit. Mais qu'importait à Scarron? on pouvait maintenant fronder chez lui tout à l'aise: depuis le matin comme il l'avait dit, il n'était plus le malade de la reine.
Quant à Raoul, il avait en effet accompagné la duchesse jusqu'à son carrosse, où elle avait pris place en lui donnant sa main à baiser; puis, par un de ses fous caprices qui la rendaient si adorable et surtout si dangereuse, elle l'avait saisi tout à coup par la tête et l'avait embrassé au front en lui disant:
— Vicomte, que mes voeux et ce baiser vous portent bonheur!
Puis elle l'avait repoussé et avait ordonné au cocher de toucher à l'hôtel de Luynes. Le carrosse était parti; madame de Chevreuse avait fait au jeune homme un dernier signe par la portière, et Raoul était remonté tout interdit.
Athos comprit ce qui s'était passé et sourit.
— Venez, vicomte, dit-il, il est temps de vous retirer; vous partez demain pour l'armée de M. le Prince; dormez bien votre dernière nuit de citadin.
— Je serai donc soldat? dit le jeune homme; oh! monsieur, merci de tout mon coeur!
— Adieu, comte, dit l'abbé d'Herblay; je rentre dans mon couvent.
— Adieu, l'abbé, dit le coadjuteur, je prêche demain, et j'ai vingt textes à consulter ce soir.
— Adieu, messieurs, dit le comte; moi je vais dormir vingt-quatre heures de suite, je tombe de lassitude.