— Oui, tant que vous serez riche. Eh! mon cher, ce ne sont pas les guerres civiles qui nous désunissent; c'est que nous n'avons plus vingt ans chacun, c'est que les loyaux élans de la jeunesse ont disparu pour faire place au murmure des intérêts, au souffle des ambitions, aux conseils de l'égoïsme. Oui, vous avez raison, allons-y, Porthos, mais allons-y bien armés. Si nous n'y allons pas, ils diraient que nous avons peur.

— Holà! Planchet! dit d'Artagnan.

Planchet apparut.

— Faites seller les chevaux, et prenez votre carabine.

— Mais, monsieur, contre qui allons-nous d'abord!

— Nous n'allons contre personne, dit d'Artagnan; c'est une simple mesure de précaution dans le cas où nous serions attaqués.

— Vous savez, monsieur, qu'on a voulu tuer ce bon conseiller
Broussel, le père du peuple?

— Ah! vraiment? dit d'Artagnan.

— Oui, mais il a été bien vengé, car il a été reporté chez lui dans les bras du peuple. Depuis hier sa maison ne désemplit pas. Il a reçu la visite du coadjuteur, de M. de Longueville et du prince de Conti. Madame de Chevreuse et madame de Vendôme se sont fait inscrire chez lui, et quand il voudra maintenant…

— Eh bien! quand il voudra?