— Mes amis, dit Athos, voilà ce que j'espérais, voilà ce que j'attendais de deux coeurs comme les vôtres; oui, je l'ai dit et je le répète, nos destinées sont liées irrévocablement, quoique nous suivions une route différente. Je respecte votre opinion, d'Artagnan; je respecte votre conviction, Porthos; mais quoique nous combattions pour des causes opposées, gardons-nous amis; les ministres, les princes, les rois passeront comme un torrent, la guerre civile comme une flamme, mais nous, resterons-nous? j'en ai le pressentiment.

— Oui, dit d'Artagnan, soyons toujours mousquetaires, et gardons pour unique drapeau cette fameuse serviette du bastion de Saint- Gervais, où le grand cardinal avait fait broder trois fleurs de lis.

— Oui, dit Aramis, cardinalistes ou frondeurs, que nous importe! Retrouvons nos bons seconds pour les duels, nos amis dévoués dans les affaires graves, nos joyeux compagnons pour le plaisir!

— Et chaque fois, dit Athos, que nous nous rencontrerons dans la mêlée, à ce seul mot: Place Royale! passons nos épées dans la main gauche et tendons-nous la main droite, fût-ce au milieu du carnage!

— Vous parlez à ravir, dit Porthos.

— Vous êtes le plus grand des hommes, dit d'Artagnan, et, quant à nous, vous nous dépassez de dix coudées.

Athos sourit d'un sourire d'ineffable joie.

— C'est donc conclu, dit-il. Allons, messieurs, votre main. Êtes- vous quelque peu chrétiens?

— Pardieu! dit d'Artagnan.

— Nous le serons dans cette occasion, pour rester fidèles à notre serment, dit Aramis.