— Eh bien! monsieur, dit l'hôte, je vais donner le pâté et la bouteille à votre domestique, de cette façon-là vous aurez la plume et l'encre par-dessus le marché.

— Faites comme vous voudrez, dit Raoul, qui commençait son apprentissage avec cette classe toute particulière de la société qui, lorsqu'il y avait des voleurs sur les grandes routes, était associée avec eux, et qui, depuis qu'il n'y en a plus, les a avantageusement remplacés.

L'hôte, tranquillisé sur sa recette, déposa sur la table papier, encre et plume. Par hasard, la plume était passable, et Raoul se mit à écrire.

L'hôte était resté devant lui et considérait avec une espèce d'admiration involontaire cette charmante figure si sérieuse et si douce à la fois. La beauté a toujours été et sera toujours une reine.

— Ce n'est pas un convive comme celui de tout à l'heure, dit l'hôte à Olivain, qui venait rejoindre Raoul pour voir s'il n'avait besoin de rien, et votre jeune maître n'a pas d'appétit.

— Monsieur en avait encore il y a trois jours, de l'appétit, mais que voulez-vous! il l'a perdu depuis avant-hier.

Et Olivain et l'hôte s'acheminèrent vers l'auberge. Olivain, selon la coutume des laquais heureux de leur condition, racontant au tavernier tout ce qu'il crut pouvoir dire sur le compte du jeune gentilhomme.

Cependant Raoul écrivait:

Monsieur,

«Après quatre heures de marche, je m'arrête pour vous écrire, car vous me faites faute à chaque instant, et je suis toujours prêt à tourner la tête, comme pour répondre lorsque vous me parliez. J'ai été si étourdi de votre départ, et si affecté du chagrin de notre séparation, que je ne vous ai que bien faiblement exprimé tout ce que je ressentais de tendresse et de reconnaissance pour vous. Vous m'excuserez, monsieur, car votre coeur est si généreux, que vous avez compris tout ce qui se passait dans le mien. Écrivez- moi, monsieur, je vous en prie, car vos conseils sont une partie de mon existence; et puis, si j'ose vous le dire, je suis inquiet, il m'a semblé que vous vous prépariez vous-même à quelque expédition périlleuse, sur laquelle je n'ai point osé vous interroger, car vous ne m'en avez rien dit. J'ai donc, vous le voyez, grand besoin d'avoir de vos nouvelles. Depuis que je ne vous ai plus là, près de moi, j'ai peur à tout moment de manquer. Vous me souteniez puissamment, monsieur, et aujourd'hui, je le jure, je me trouve bien seul.